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  • Cynthia

Le prix de l'« imperfection »


2021 vient à peine de commencer et je suis déjà fatiguée. Tu sais, je vois toujours plus d'exemples de ce que sont le patriarcat et la misogynie. Et je vois aussi l'aveuglement qui les entoure. Comment peut-on encore ne pas (vouloir) voir que les droits des femmes ne sont pas les mêmes que ceux des hommes ? Simone de Beauvoir nous avait prévenu·es :

« N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

Je réalise chaque jour un peu plus que mes choix, mes comportements et mes mots, lorsqu'ils ne correspondent pas à ce qu'on attend de moi, sont passés au scanner sexiste : je ne suis pas assez « vierge » ou pas assez « putain ».

  • Vierge : douce, docile et respectable mais avec laquelle on s'ennuie.

  • Putain : celle avec qui on a envie de coucher mais qui est trop libérée, trop sexuelle, pas assez discrète, pas assez respectable.

Et aucune des deux n'est « parfaite ».


Pour être « parfaite » je devrais être :

  • intelligente mais pas trop,

  • sexy mais pas trop,

  • mince mais pas trop

  • sage mais trop

  • aimer le sexe mais pas trop

  • drôle mais pas trop

  • douce mais trop

  • sauvage mais pas trop

  • ambitieuse mais pas trop

  • ...


Bref... Une dichotomie impossible.

Quand une femme sort de ce cadre parfait - dans lequel, en réalité, aucune d'entre nous n'entre - elle se retrouve face à un mur de cris et d'injonctions : trop vierge ou trop pute. C'est le prix à payer pour être une femme ou perçu comme telle ?



Nos corps « imparfaits » rejetés


12 mars 2021, soirée des César. La comédienne Corinne Masiero se dénude pour dénoncer le dénuement des acteurices de la culture française face à la crise sanitaire.


Les réactions ne se font pas attendre :

  • Morceaux choisis sur Twitter #CorinneMasiero : « Elle donne envie de gerber », « Trop moche ! », « Je n'appelle pas ça de la culture mais de la torture », « Je comprends mieux pourquoi le cinéma français n'est pas bandant », ...

  • « Je n’ai pas envie de voir cette espèce de laideron avec les tampons sur les oreilles…», s'indigne Stéphane Tapie sur un plateau TV.

  • 9 élu·es portent plainte pour exhibition sexuelle.

La journaliste Fiona Schmidt résume très bien la situation avec un exemple "2 salles, 2 ambiances" (vraiment, lis tout son post).



12 février 2021, un mois auparavant, Victoires de la musique. Yseult interprète son titre Corps.

Les commentaires misogynes, grossophobes et souvent puérils ne tardent pas non plus :

  • « caca boudin », « Je mangerai bien un boudin aux pommes », « C'est Michelin qui a sponsorisé ? », « victoire de la paupiette », « Sur le plan visuel, à un moment, il faut savoir où s'arrêter... »

  • On l'accuse de faire l'apologie de l'obésité. PS : Être mince n'est pas gage de santé, tout le monde le sait. Mais c'est plus facile de se cacher derrière cette excuse que de dire que son corps dégoûte, n'est-ce pas ?




Dans les 2 cas, plutôt que d'essayer de comprendre le message, on tape sur la messagère. Enfin... sur son corps qui n'est pas assez jeune, mince ou suffisant sexy pour exciter les téléspectateurices.



Nos comportements « imparfaits » fustigés


6 mars 2021, la Police Nationale tente un tweet de prévention, qui a rapidement été supprimé. « Envoyer un nude, c'est accepter de prendre le risque de voir cette photo partagée : Il a bien reçu ton nude. Tes amis, tes parents, tes camarades de classe, tes cousins, tes professeurs, tes voisins, ton boulanger, ton ex-petit ami, ton facteur, tes grands-parents, ta nièce aussi. »


À celleux qui ne voient pas où est le problème, il réside dans la culpabilisation des victimes de revenge porn. Sauf qu'en réalité, le problème n'est pas d'envoyer un nude à son copain parce que ça nous fait plaisir à tous les deux, c'est sa divulgation dans le seul but d'humilier.

C'est un peu du même acabit que la jupe responsable d'un viol.


Toute l'année, tous les jours, tu trouveras et entendras des témoignages de femmes/adolescentes qui racontent leur peur quand elles sont suivies, les harcèlements/agressions qu'elles subissent dans la rue, les transports, au travail ou en soirée.


Et tous les jours, tu pourras lire/entendre :

  • Normal, t'as vu comment elle était habillée ?

  • Quand tu vas dans ce genre d'endroit, tu prends des risques.

  • Elle faisait quoi dehors à cette heure-ci ?

  • C'est de sa faute aussi, elle a trop bu.

© Collectif de Collages Féministes



Nos pensées « imparfaites » muselées


22 janvier 2021, le compte Twitter de @Melusine_2 est suspendu parce qu'elle posait la question : « Comment faire pour que les hommes cessent de violer ? »

Plusieurs autres comptes seront suspendus également après avoir reposé la question en soutien à @Melusine_2.

Pourtant, il me semble que la question est pertinente. La très grande majorité des viols commis sur les femmes ET les hommes, sont commis par des hommes. Donc, que fait-on ? Le viol n'est pas un problème de femmes.


19 août 2020, sortie du livre de Pauline Harmange : « Moi les hommes, je les déteste ». Ce même jour, Ralph Zurmély, chargé de missions au ministère délégué à l’égalité femmes-hommes, le menace de censure alors qu'il n’en avait, de son propre aveu, pas lu une ligne.


J'admets ne pas encore avoir lu ce livre, mais il est dans ma liste de lecture, je ferai sans doute une fiche après l'avoir lu.

Cela dit, rien qu'en lisant le résumé, on se rend compte que ce livre est plutôt modéré et se veut une inspiration plutôt qu'un appel à la haine.


« Je vois dans la misandrie une porte de sortie. Une manière d'exister en dehors du passage clouté, une manière de dire non à chaque respiration. Détester les hommes, en tant que groupe social et souvent en tant qu'individus aussi, m'apporte beaucoup de joie – et pas seulement parce que je suis une vieille sorcière folle à chats.
Si on devenait toutes misandres, on pourrait former une grande et belle sarabande. On se rendrait compte (et ce serait peut-être un peu douloureux au début) qu'on n'a vraiment pas besoin des hommes. On pourrait, je crois, libérer un pouvoir insoupçonné : celui, en planant très loin au-dessus du regard des hommes et des exigences masculines, de nous révéler à nous-mêmes. »

Et pour parler un peu de misandrie... Je ris doucement parce que c'est toujours ce qu'on reproche aux féministes et aux lesbiennes : d'être misandre.

Il semble inconcevable qu'une femme puisse remettre en cause le système patriarcal ou ne pas être attirée par les hommes. Cette idée inconcevable donne une image qu'on nous a déjà décrite à toustes : la féministe et/ou lesbienne mal baisée, aigrie et recouverte de poils. Parce que oui, c'est forcément pour ça qu'on est féministe et/ou lesbienne. CQFD.


Sauf que, je trouve ça un peu facile de dire que c'est de la misandrie, que c'est une forme de sexisme et donc, que c'est condamnable... Mouais... Si le sexisme était vraiment condamné, on ne serait pas là.

La misandrie, si on peut appeler ça comme ça, c'est surtout une réaction à des actes misogynes. Un manque de confiance en les hommes, un manque de sécurité, un sentiment de colère de devoir subir un monde qui n'est pas fait pour nous.

Je sais, pas tous les hommes. Mais suffisamment quand même pour être méfiante.


Le prix à payer ? Pourquoi ?


Tu sais, ce qui me dérange beaucoup, c'est cette tolérance qu'on accorde aux hommes.

  • C'est pas de sa faute, il aime trop les femmes.

  • C'est pas de sa faute, il avait bu.

  • C'est pas de sa faute, c'est elle qui portait des vêtements trop sexy.

  • Ça va, on connaît le personnage.

  • ...

Une tolérance inversement proportionnelle à l'intolérance vécue par les femmes ou par les personnes perçues comme telles.

Je trouve que c'est cher payé d'être du genre féminin.


Je me demande pourquoi tant d'injonctions, sans parler du fait qu'elles sont complètement contradictoires.

Tout ça n'a qu'une seule conséquence : l'espace public ne nous appartient pas.

Tout est fait pour que nous ayons peur - de parler, de sortir, d'entreprendre... - et nous garder à l'intérieur. Tout est fait pour qu'on laisse notre place.

C'est comme ça que les femmes sont considérées comme « parfaites » : petites, cachées, silencieuses, apeurées... À disposition ?


Je suis en colère parce que je suis une femme et je veux pouvoir sortir sans avoir peur de poser mon verre. Je veux pouvoir rentrer chez moi sans serrer mes clés dans ma main. Je veux pouvoir mettre une jupe sans qu'on se dise que j'attends quelque chose. Je veux pouvoir manger sans qu'on fasse référence à ma ligne. Je veux pouvoir ne pas avoir à faire attention à ce mec « relou » avec les femmes. Je veux pouvoir exprimer mes idées sans être vue comme une terroriste ou comme une folle.

Je ne veux pas qu'on me dise : « Fallait s'y attendre » quand je raconte une de ces histoires.


Pourquoi nous forcer à nous restreindre ? OK, spoiler alerte : conserver l'ordre établit.

Qu'est-ce qui fait si peur ? La virilité entre toujours en question, mais :

Bis repetita : Je sais, pas tous les hommes. Mais suffisamment quand même pour être méfiante.




Ce sont beaucoup de questions avec peu de solutions immédiates tellement ces comportements sont ancrés en nous.


Mais je ne terminerai pas cet article par une note négative. Non, non, non.

Je sais que les choses bougent. Je vois que parmi l'intolérance subie par les femmes et perçues comme telles, il y a aussi le soutien, l'amour et la solidarité.


Alors j'ai espoir qu'à force d'en parler, de s'éduquer, les choses trouveront un réel équilibre pour toustes.