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Blog Des mots en noir et blanc | Post | #féministe

  • Photo du rédacteurCynthia

Pourquoi préférer le terme féminisme à celui d'humanisme ?

Dernière mise à jour : 9 juin 2023

Au cours de mes pérégrinations sur le web et dans les fins fonds de divers réseaux sociaux, j'ai remarqué des objections qui reviennent souvent :

"Pourquoi dire féministe ? Humaniste, ça correspond mieux à l'idée d'égalité des droits !"


Outre le fait que je m'étonne encore que le mot "femme" puisse provoquer de l'urticaire, la nuance entre les deux termes est importante.


Pour comprendre cette nuance, il faut faire une rapide marche arrière.




Qu'est-ce que l'humanisme ?


Le mot "humanisme" vient du latin "humanitas" qui désigne l’étude des langues anciennes que sont le latin et le grec. Au départ, ceux qu'on appelle humanistes étaient des traducteurs de textes antiques, cherchant à redécouvrir et à partager les idées de l'Antiquité en leur donnant une nouvelle analyse. L'invention de l'imprimerie au siècle précédent a grandement facilité cette tâche.

L’humanisme tel qu'on en parlera ici prend son essor en Italie au XVIe siècle. Il s'agit d'une nouvelle manière de voir le monde en plaçant l'humain au centre de tout, que ce soit en matières de religion, de politique, de société...

La connaissance constitue le fondement de cette approche. L'humanisme consiste à placer le développement intellectuel et l'épanouissement de toustes au cœur des préoccupations, s'appuyant sur les textes antiques (notamment ceux de Platon).


Qu'est-ce que le féminisme ?


Le féminisme est un mouvement politique qui prône l'égalité réelle entre les hommes et les femmes dans tous les aspects de la vie (politique, économique, culturelle, sociale, juridique)

Il englobe différents courants féministes, allant des plus radicaux au féminisme intersectionnel.

Le féminisme intersectionnel vise à libérer non seulement les femmes, mais aussi toutes les catégories d'êtres humains opprimés par le système patriarcal actuel. Il milite également en faveur de la libération des hommes des normes machistes et virilistes.


Le mouvement féministe naît au XIXe siècle et s'axe sur la question des droits civils et civiques : le droit de vote des femmes, le droit de disposer de son propre argent, le droit de travailler sans l'accord d'un homme, et j'en passe. Même s'il ne faut pas oublier Olympe de Gouges et sa désormais célèbre "Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" (septembre 1791). 👇




Quelle différence entre les termes féminisme et humanisme ?


Oui, le mouvement humaniste prône les valeurs humaines, l'éducation de tous et toutes, et met en avant la valeur des femmes dans la société. Mais il ne faut pas oublier le contexte patriarcal de l'époque : ainsi, on peut souvent constater une vision essentialiste des femmes et des hommes, comme étant complémentaires mais pas nécessairement égaux.


Donc qu'en est-il réellement de l'éducation des femmes ? Que doit-on leur enseigner ? De quoi sont-elles capables ?


Pour les humanistes, les femmes occupent une place importante et une influence considérable sur le bien-être de la famille et de la société dans son ensemble.

On les décrit comme douces, gracieuses, empathiques, intuitive. En gros, elles servent à réchauffer le cœur et adoucir la vie.

Au final, des désignations qui centrent leur rôle sur le soin des autres et du foyer.


Donc. Même si les humanistes accordaient une place aux femmes dans la société, celle-ci était fortement genrée et ils n'envisageaient qu'elles puissent pouvoir faire et être autre chose, si ce n'est d'être des auxiliaires utiles aux hommes, les chefs d'orchestre de la société. Résultat : deux siècles plus tard, elles étaient les grandes oubliées des Droits de l'homme et du citoyen, par exemple. Hey ! Bonjour, Domination masculine !




Pourquoi parler de féminisme plutôt que d'humanisme


Les biais sexistes et misogynes oubliés par l'humanisme


L'humanisme, en fin de compte, c'est penser l'humain dans sa globalité, sans distinction de genre, de sexe ou d'ethnie. Et oui, c'est beau, mais c'est une utopie. Car l'humaniste oublie la réalité de la société d'aujourd’hui (et d'hier. Et probablement encore un peu celle de demain). 👉 En fait, tu pourras être humaniste QUAND on aura atteint l'égalité des genres.

Si tu veux le voir autrement, le terme féminisme apporte une perspective intersectionnelle à l'humanisme. Cela permet de mieux voir l'oppression des femmes.


Se dire humaniste invisibilise les injustices


"Je ne suis pas féministe, je suis humaniste."

Alors, cette déclaration revient souvent, et comment dire...

La plupart du temps, ce que j'entends derrière cette phrase, c'est que les féministes d'aujourd'hui sont perçues comme des radicales ultra-violentes et haineuses, désireuses de couper les testicules des hommes pour en faire un feu de joie et danser autour : Les féminazis...

"Avant, les femmes avaient de vrais combats."

Derrière cette phrase, se cache l'idée que "c'est bon, on peut s'arrêter là". Oui, les femmes peuvent travailler, ouvrir un compte, voter... En France ! Mais dans le reste du monde ?


Et même si ces droits étaient acquis partout, a-t-on atteint l'égalité ?

Blague mise à part, il est tout de même difficile de nier qu'aujourd'hui encore, être une femme est parfois compliqué, voire dangereux ! Il suffit de voir le dernier rapport sur l'état du sexisme en France : entre le harcèlement sexuel, les viols, les violences conjugales, les féminicides... La condition féminine, c'est quand même le parcours de la combattante.


En réalité, se dire humaniste et non féministe, c'est invisibiliser les injustices, les discriminations et les violences faites aux femmes et personnes perçues comme telle. Et se faisant, cela contribue au maintien du statu quo des inégalités entre hommes et femmes. Se dire humaniste plutôt que féministe, c'est une fois de plus réduire au silence les femmes en raison de leur genre. Le féminisme n'est pas un gros mot. Il n'est pas violent. En revanche, la société se montre violente envers les femmes.


Oui, une minorité prône une domination féminine (et parfois, ô je les comprends), mais le féminisme revêt plusieurs visages. Ce n'est pas une religion. Ce n'est pas une seule façon de penser. C'est une façon de dire "J'existe. Je subis des violences et des injustices parce que je suis femme. Je veux être libre."

L'émancipation des femmes est-elle si effrayante ?

 

Peut-être qu'un jour, la lutte pour l'égalité des sexes et des genres sera obsolète et qu'on pourra toustes se dire humanistes. En attendant, soyons féministes.


C'est bon ? On arrête les crises d'urticaire quand on voit le mot "femme" de près ou de loin ?

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