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  • Cynthia

Racisme : entre déni et culpabilité

Mis à jour : mars 20

2021 commence et avec elle, les traditionnels repas de fêtes et réunions de famille s'achèvent.

Cette année, j'ai mis particulièrement de temps à m'en "remettre". Est-ce que c'est dû à ma déconstruction en cours ? Peut-être.

Toujours est-il que certaines phrases m'ont laissé un goût amer pendant quelques jours : parce que j'étais frustrée de cette impression d'être la seule à voir et à comprendre, parce que je me suis rendu compte que le chemin à parcourir est plus long que je ne l'imaginais.

Je t'explique tout ça.





L'histoire commence un soir d'hiver. Il fait nuit et froid, mais la soirée est chaleureuse. On joue, on est mauvais perdant·e·s, on rit, on mange. Puis patatra... le sujet du racisme arrive. Je te le donne en mille, je suis la seule personne racisée autour de la table. J'ai donc 2 options :

  • ignorer le sujet et passer à autre chose,

  • essayer d'expliquer que le racisme, c'est plus que les personnes qui assument pleinement et en toute conscience leur haine, leur dégoût et leur prétendue supériorité par rapport à d'autres races.

Oui. J'ai choisis la seconde option. 🤷🏽‍♀️


Pour le contexte : Quand le sujet débarque, deux personnes quittent la table et je me retrouve face à trois hommes blancs qui ignorent beaucoup de choses au sujet du racisme.

Je ne ferai pas un transcript de la conversion qui a duré 3h, mais simplement des moments qui m'ont marqué.


Les blancs aussi vivent le racisme


  • « Oui, mais un jour, je suis entré dans un bar à Djibouti, j'étais le seul blanc. Je ne suis pas resté, j'étais mal à l'aise. »

  • « Oui, mais dans ma boîte, il y a recruteur arabe qui n'embauche pas de blancs, uniquement des musulmans. »

Sur le coup ma réaction a été de serrer les poings. Puis, j'ai essayé de répondre calmement.

  • Dans le premier cas : Oui, la différence se voit et on peut être mal à l'aise quand tout le monde nous regarde. Cela dit, personne n'a fait preuve d'hostilité. C'est plutôt son ressenti qui l'a incité à partir.

  • Dans le deuxième cas : Oui, il y a des exceptions. Est-ce que cela annule le racisme envers les personnes racisées ? Ces personnes blanches qui n'ont pas été embauchées auront certainement toutes leurs chances dans une autre entreprise. Nous savons très bien que ce n'est pas le cas pour les personnes racisées.


Tu sais ce qui est le plus drôle ? C'est qu'ils pensaient aller dans mon sens en me donnant ses exemples...

Mais en substance, comme s'ils étaient dans le déni d'une réalité, on me disait :

« Mais tout le monde a des problèmes, les blancs aussi. Le racisme anti-blanc existe aussi. »


Je tiens quand même à remettre une chose au clair :

Oui, tout le monde a des problèmes, les personnes blanches aussi. Seulement, leur couleur de peau ne leur ajoute pas de difficulté en plus.

Quand je parle de privilèges, je ne veux pas dire qu'en tant que blancs, ils vivent comme des rois. Mais que leur couleur de peau ne leur ajoute pas de barrières supplémentaires. Ou si on prend le point de vue inverse : leur couleur de peau leur donne des avantages uniquement liés à celle-ci.


Les noir·e·s se victimiseraient trop


« Mais tu ne penses pas que vous vous victimisez trop ? »


Point de vue intéressant. Comme pour me culpabiliser de leur faire ouvrir les yeux. Effectivement, il est plus confortable de dire que ce sont les autres qui se victimisent. Cela évite de se pencher sur sa propre culpabilité.


Je ne crois pas que parler d'esclavage et de colonisation soit de la victimisation. C'est simplement parler de l'histoire de ses ancêtres et dire que cette histoire à toujours des conséquences aujourd'hui.

Parler de la dureté de l'esclavage et de la colonisation subit par ses ancêtres, et qu'ils ont surmonté, ce n'est pas de la victimisation. Pourquoi ne pas le voir comme une certaine fierté à raconter les difficultés surmontées ? Tout le monde aime parler des obstacles vaincus. Sinon, ne parlons plus des Guerres Mondiales non plus. Mais on ne va pas faire ça, ce serait ridicule.


Je ne crois pas que parler des choses qu'on vit au quotidien soit de la victimisation. On sait tous·tes que les difficultés présentent dans la société sont nombreuses.

  • Est-ce qu'on dit à une personne issue d'un milieu pauvre qu'elle se victimise ?

  • Est-ce qu'on dit à une personne orpheline qu'elle se victimise ?

  • Est-ce qu'on dit à une personne qui subit/a subi des violences familiales qu'elle se victimise ?

La plupart du temps, on va se servir de ce contexte difficile pour expliquer un comportement, ou féliciter/admirer cette personne pour avoir surmonté ça.


Pourquoi est-ce que le racisme ne ferait pas partie de ces difficultés ? Parce que ce serait admettre qu'on a tous·tes une part de responsabilité là-dedans ?


Fragilité blanche ?


Aujourd'hui, je me rends compte que la plupart des arguments que j'employais étaient pris très personnellement. Comme si les chiffres et études que je mettais en avant leur étaient directement adressés. Et de ce fait, qu'il fallait absolument contre-argumenter, se défendre, se justifier.


Je ne ferai pas de long paragraphe sur ce qu'est la fragilité blanche, tu pourras te faire une idée en lisant cet article de Slate et en te renseignant de ton côté.


Un débat comme les autres


  • « Heureusement qu'on est des gens ouverts d'esprit, avec d'autres, on ne pourrait pas aborder le sujet. »

  • « Je ne comprends pas pourquoi elle réagit comme ça. »

  • « Je ne me rendais pas compte que ça avait été si dur pour toi. Pour moi, c'était juste un débat comme les autres. »

Un débat comme les autres dans lequel on se félicite d'être ouvert d'esprit, mais sans vraiment accepter que le racisme ordinaire et structurel existe. Un débat comme les autres qu'on ne comprend pas parce qu'on ne le vit pas et qu'on n'a aucune connaissance du sujet.


Un débat comme les autres...

Elle est là toute la différence. Beaucoup parlent de racisme comme ils parleraient du prix du gazole. Iels parlent comme des personnes avec le privilège de reprendre leur vie après un débat "distrayant" et d'oublier leur couleur de peau. Une personne racisée ne peut pas, parce que contrairement au blanc, sa couleur de peau n'est pas considérée comme le "neutre". Et on lui rappelle assez souvent de façon très insidieuse.


Oui, on peut parler de racisme


Non, ce n'est pas un débat comme les autres. Bien sûr que le sujet du racisme peut être abordé, ce n'est pas problème.

Mais si le sujet t'intéresse VRAIMENT, que ce n'est pas juste "distrayant", fais au moins l'effort de te renseigner dessus. La personne noire en face de toi n'est pas ton Google Noir.

Si une de tes interrogations n'a pas trouvé de réponse, bien sûr que tu peux poser des questions et surtout, ne te sens pas visé·e par la réponse. Le but n'est pas de te culpabiliser, mais de te faire comprendre.

Si le sujet t'intéresse vraiment, soutiens tes ami·e·s qui vivent le racisme, sois à leur côté quand tu vois/sens/sais qu'iels vivent mal une situation ou une remarque.

Quand le sujet est abordé, essaie de ne pas nier leur expérience avec un contre-exemple qui ramène le sujet à toi.


Oui, c'est parfois difficile à voir, difficile de comprendre une réaction, mais c'est comme tout, ça s'apprend.


Je conçois qu'il est très difficile de comprendre l'état d'esprit dans lequel j'ai été quand on n'a jamais vécu le racisme. Tout comme je peux difficilement me mettre à la place d'une personne qui subit l'homophobie, par exemple. Mais, au moins je peux faire preuve d'un peu d'empathie et ne pas nier son vécu.


À toi qui te demanderas peut-être qui sont donc ces personnes avec qui j'ai passé la soirée : des personnes qui me sont très chères et qui essaient de faire de leur mieux. Des personnes qui, comme tout le monde, ont parfois du mal à se mettre à la place des autres. On voit tous·tes via son propre prisme. Ce sont des personnes qui ont finalement saisi, ne serait-ce que de loin, mon point de vue. Merci à vous.



Quelques pistes de réflexion


À écouter :

À lire :

À voir :


Sur ce, des bisous ! 😘